Un nombre grandissant d'affaires d'espionnage sont dévoilées au grand jour. Les technologies de l'information rendent les organisations perméables. Et tous les acteurs sont visés, grands groupes et PME, syndicats et ONG. En France, le chiffre circule de 2.963 entreprises ou laboratoires ayant été victimes, entre 2006 et 2008, d'actions d'ingérence économique, destinées à dérober des secrets de fabrication, à déstabiliser la direction ou à entraver le lancement d'un produit. Les grands groupes - notamment dans les secteurs « sensibles », tels Areva, EDF, Thales - sont évidemment plus conscients des risques. Mais, en trois ans, les PME auraient représenté 71 % des sociétés attaquées. Aujourd'hui, «l'intelligence économique est aussi indispensable aux entreprises que l'a été le marketing il y a cinquante ans », résume Cyril Bouyeure, coordinateur ministériel à l'intelligence économique. Pour preuve ? Un décret paru jeudi 17 septembre vient d'instituer un délégué interministériel à l'intelligence économique, placé sous la double tutelle de l'Elysée et de Bercy et chargé d'élaborer une politique nationale. Reste que la frontière entre l'« espionnage », illégal par essence, et l'« intelligence économique » est parfois ténue, surtout dans un environnement mondial, où les législations varient au gré des frontières. En témoigne l'éventail de missions des cabinets professionnels : de la simple veille concurrentielle aux opérations de « dépoussiérage », qui consistent à vérifier si une salle de réunion ou une chambre d'hôtel n'ont pas été équipées de micros ou de systèmes d'espionnage…